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Le set & setting dans les explorations et la thérapie à base de psychédéliques

Depuis les années 90, les psychédéliques connaissent une renaissance remarquable dans le domaine de la recherche scientifique. Stimulée par des études récentes et prometteuses, cette vague de réappréciation a conduit la Suisse, l'Australie tout récemment, ainsi qu’une partie des États-Unis à légaliser ces substances pour des applications thérapeutiques spécifiques.


Ces transformations ne sont pas le fruit de décisions impulsives. Elles découlent d'évidences croissantes démontrant que les psychédéliques peuvent être bénéfiques dans le traitement de problèmes de santé persistants tels que la dépression chronique, les dépendances et les traumatismes.


Dans tous ces scénarios, l'importance de l'état d'esprit et du cadre environnant - le concept de «set & setting» - demeure essentielle. Cette notion, toujours respectée dans le domaine de la recherche, prend une importance grandissante à un moment de l’histoire où les psychédéliques pourraient devenir plus facile d’accès.


Pour ne pas oublier ce concept déterminant, revenons sur ce qui le caractérise.


Aux origines du concept


L'importance du «set & setting» a été soulignée au cours des recherches sur les psychédéliques menées dès les années 1950.


Durant cette ère de grande effervescence scientifique, les chercheurs ont observé que les effets du LSD pouvaient considérablement varier en fonction de l'état d'esprit et du contexte dans lequel l'expérience se déroulait.


Les résultats les plus positifs étaient généralement obtenus auprès d'étudiants volontaires, qui venaient avec une intention thérapeutique claire et qui avaient reçu une préparation soigneuse.

Plutôt que de se prêter à l'expérimentation dans les salles obscures des établissements universitaires ou des laboratoires, ces volontaires étaient confortablement installés dans des pièces équipées de canapés moelleux et de coussins.

Il était aussi offert aux participants la possibilité de se détendre en écoutant de la musique allongés, équipés d'écouteurs.


Enfin, ces expériences se déroulaient souvent en compagnie d'amis, créant un environnement social favorable à l'échange et à la réflexion post-expérience.


Ces constatations ont conduit le Dr Frank Freemont-Smith à suggérer lors d'une conférence majeure sur le LSD en 1959 que les conditions thérapeutiques pourraient profondément influencer l'effet d'une substance psychédélique. De cette prise de conscience naît le concept de «set & setting» élaboré par Timothy Leary.


Ce concept a permis à Timothy Leary d'exprimer de manière concise l'importance vitale de l'état d'esprit (le 'set') et du contexte ou de l'environnement dans lequel se déroule l'expérience psychédélique (le 'setting').


Détaillons.


L’état d’esprit du consommateur de substance psychédélique (le set)


Le «set» correspond tout simplement à l'état d'esprit du participant au moment de la prise de psychédéliques. Il faut prendre en considération les attentes, les croyances et les émotions présentes.


Autrement dit, si le participant est dans un état d'humeur positive, ouvert d'esprit et prêt à s'engager dans l'exploration des expériences mentales et émotionnelles susceptibles de surgir sous l'effet des psychédéliques, nous dirions qu'il possède un «set» favorable.


Pour instaurer ce «set» favorable, une préparation minutieuse est indispensable. Par exemple, la participation à des séances de psychothérapie avant l'ingestion du psychédélique peut souvent contribuer à préparer efficacement le participant à l'expérience.


Le cadre de la prise de substance psychédélique (le setting)


Le «setting» fait référence au contexte ou à l'environnement dans lequel se déroule l'expérience psychédélique, tant sur le plan matériel que social.


Un environnement sûr, confortable et chaleureux est susceptible d'encourager une expérience positive.


Le «setting»inclut également la présence d'un thérapeute, d'un facilitateur ou d'un accompagnateur compétent et bienveillant. Ce dernier assure un soutien émotionnel, aidant le participant à naviguer à travers son expérience et à intégrer ses nouvelles perceptions ou découvertes dans sa vie quotidienne.


Une sagesse élémentaire partagée par les peuples anciens et par la communauté médicale


L'importance de l'état d'esprit et du contexte dans l'expérience psychédélique ne constitue pas une nouveauté. En réalité, ces principes sont profondément ancrés dans l'histoire et ont été largement diffusés bien avant l'émergence du concept de «set & setting».


Prenons l'exemple des rituels chamaniques de guérison. Ces rituels sont en fait une mise en scène soigneusement orchestrée, où différents éléments sont harmonisés pour renforcer le processus de guérison induit par une substance psychoactive.


Les chamans emploient des techniques méthodiques et sacrées pour amplifier et réguler les effets de la substance psychoactive, en harmonisant l'environnement et l'atmosphère avec des chants rituels, des sifflements, de la fumée et d'autres méthodes autochtones bien documentées par les anthropologues.


Ces manipulations sont considérées comme essentielles à l'art du guérisseur tribal et témoignent de son expertise et de sa compétence.


D'ailleurs, les recherches actuelles suggèrent que les éléments «non pharmacologiques », dont font partie le «set & setting», peuvent représenter une part importante, voire majoritaire, des bénéfices thérapeutiques d'un large éventail de traitements médicamenteux communément acceptés, bien au-delà des seuls psychédéliques.


L’idée de matrice, un complément au concept de set & setting


Betty Eisner a ajouté une dimension supplémentaire à l'état d'esprit et au contexte : le concept de «matrice».


Selon Eisner, la matrice renvoie à l'environnement dans lequel la personne évolue avant et après une expérience psychédélique, en particulier thérapeutique.


Cela inclut la famille du patient, sa situation de vie, ainsi que l'environnement thérapeutique dans lequel il est immergé et vers lequel il retourne après un traitement réussi.


La matrice n'est pas une simple toile de fond ; elle constitue plutôt un environnement soutenant constamment l'intégration de l'expérience psychédélique. C'est un espace qui permet au patient d'évoluer, de mûrir et de transcender les obstacles du passé.


Eisner insiste sur l'importance d'une «matrice réussie», qui crée un lieu sûr et exempt de jugement pour l'individu. Cette matrice accompagne le patient tout au long de son expérience psychédélique, lui permettant d'explorer et d'exploiter pleinement son voyage. Elle lui offre aussi un environnement propice pour intégrer et travailler ce qu'il a vécu, favorisant ainsi de nouvelles voies de croissance.


Conclusion


Si vous êtes curieux d'en savoir plus sur les récentes recherches concernant les psychédéliques et sur ce qu'elles nous apprennent à propos de la Conscience, nous vous invitons à nous rejoindre le 17 septembre pour notre web-conférence intitulée Les psychédéliques entre science et conscience.


Vous aurez l'occasion d'interagir avec des experts de renommée internationale, de poser vos questions et de découvrir leurs derniers travaux.


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